J'suis l'cinéma du 9°

J'suis l'cinéma du 9° arrondissement, ouaip, snirrrfff. Suffit que j'ouvre un écran pour que j'ai un tas de monde sur les genoux. Je commence au petit matin, tououte la journée, et jusqu'à la nuit. Ouaip ! Faut dire que j'suis permanent, snirrrfff.
Je fais mon neuf en rond, en long, en large. Je me ballade côté Vaise, vers La Duche où j'me sens plutôt bien. Et puis j'vais voire mon vieux pote qui a fermé côté quartier de l'industrie. On me trouve un peu partout, vu que je suis itinérant. Ouaip, snirrrfff ! Scusez les bruits de siphons, mais avec les années lumières, ça s'arrange pas. Et puis tous ces grands sentiments qui me traversent la toile, les zamours zeureux, et puis les autres, ça me fait forcément un tas d'effets spéciaux, et j'ai encore perlé.
Paraît qu'ils vont parler de moi dans le journal des arrondissements. Oh moi, pour le premier, j'men suis assez bien tiré. J'en suis encore tout ému. Mais là attention, c'est le neuvième ! Hein, mesdames, c'est pas tout le monde... Par ailleurs, j'vois pas bien. Je suis radicalement salle, je suis plein de pellicules pas toujours très récentes, j'ai le projecteur plus ou moins off, et la toile granuleuse. Quant à ma bande originale, c'est pas le paradisio !
Quand je fais mon marché j'ai une nette préférence pour les salades, j'ai bien toujours quelques navets évidemment, mais je craque pour le fromage, rapport aux fondues enchaînées. J"adore ça.
Vous ne pouvez pas imaginer l'effet que me font les travellings. Je me mets tout le champ au ralenti, je fais le gros plan, et zoom ! ça fini la plupart du temps en contre-plongée. C'est pour ça que tout vieux et laid que je suis j'arrive encore à me payer quelques francs succès.
Mais par mon côté le plus obscur, tout seul, assis bien tranquille, quand plus personne ne tousse, j'ai déjà vu plus d'une étoile au montage. Dans mon paradis les cristaux carmin ont chanté vers les fond rétiniens, avant que dans la chambre noire ne scande ce : » coupez ! », et sa cascade lumineuse.